Ce que j’ai vu lors du premier tour de la présidentielle, dimanche 23 avril, m’a rappelé cette France qui est ma France. Cette France que j’aime, la France antifasciste. Un bloc s’est aussitôt formé contre le Front national, rassemblant aussi bien le candidat gaulliste que le représentant de la gauche, qui ont tous les deux dit : “Nous voterons pour Emmanuel Macron.” Jean-Luc Mélenchon, lui, ne l’a pas soutenu car c’est un communiste qui pense toujours que l’Union européenne est un projet bourgeois. Je trouve cela stupide.

Quant à Marine Le Pen et aux personnes qui assurent “que cette fois-ci elle n’a pas gagné, mais qu’un jour elle gagnera”, je leur réponds ceci : il n’y a aucune nécessité historique en politique – c’est une des rares choses que j’ai retenues de l’idéologie marxiste. La nécessité historique n’existe pas. Peut-être Le Pen va-t-elle gagner, peut-être va-t-elle perdre. On ne sait pas. En tout cas, si j’étais français, je ferais tout pour ne pas lui donner le pouvoir en France.

La France sera toujours pour moi un pilier des valeurs européennes et un pilier de l’Union européenne. Le gardien de ce qui est le plus précieux dans la culture européenne, que j’aimerais tant transplanter dans mon pays pour toujours – et dans d’autres pays aussi. C’est la patrie des droits de l’homme et des droits des citoyens. C’est la culture qui marie si magnifiquement ce qui est national avec l’universel, c’est le pays de la démocratie qui sait évoluer.

La raison contre la stupidité

J’aimerais aussi voir la France se réformer sur le plan intérieur pour redonner une dynamique à l’économie française, afin que l’emporte le célèbre “rationalisme français”. Je crois que les Français peuvent comprendre que la seule voie possible passe par les réformes et par la modernisation de l‘économie, qui ne peut pas être bloquée constamment par un réflexe populiste et revendicatif qui ne fait que nuire au pays. La France est un pays très complexe, mais cela fait aussi partie de son charme. De Gaulle le savait quand il déclarait : “Comment voulez-vous gouverner un pays qui a deux cent quarante-six variétés de fromage ?”

Quel sera le rôle de la France de demain ? Le vote pour le Brexit nous a montré que la stupidité pouvait gagner. J’espère que la France va montrer que la raison peut gagner contre la stupidité. Elle l’a déjà fait dans le passé. Si Macron l’emporte, j’aimerais qu’il réussisse à concilier le côté rationnel de la tradition gaulliste avec celui de la tradition socialiste – c’est-à-dire Jean Jaurès avec Léon Blum. Gouverner ainsi par le centre serait quelque chose de nouveau en France, qui peut fonctionner.

En tout cas, la leçon que la France a donnée à la Pologne et aux autres pays est la suivante : les xénophobes, les populistes, les chauvinistes ne gagnent pas à tous les coups. Mais il faut avoir suffisamment de raison et de détermination pour les combattre.

Propos recueillis par Courrier International