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Etre immigré en 2018, dans la France de Marine Le Pen

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Été 2018… Que sont devenus Ali ou Mohamed, migrants imaginaires propulsés dans la France de Marine Le Pen ? Politique-fiction.

Dix mois qu’elle est à l’Elysée et le visage de la France a radicalement changé. Comme elle l’avait promis, la présidente frontiste a d’abord instauré un « moratoire » sur les entrées légales, bloquant toutes les délivrances de visa long séjour. Un temps mort pour rappeler les chiffres déjà publics de l’immigration officielle, avant de démarrer le travail législatif permettant de limiter le solde migratoire à 10 000 nouveaux venus chaque année (promesse de campagne n° 26).

Ce « 10 000 » est un nombre empoisonné pour Mohamed, Malien en séjour régulier en France depuis cinq ans, qui avait engagé en 2016 une procédure pour faire venir son épouse. Sous la gauche, il remplissait enfin les conditions de salaire (1 300 euros mensuels sur douze mois consécutifs, un logement de 28 mètres carrés) et se rêvait une vie « normale ». Mais avec l’arrivée du Front national, les exigences se sont durcies. D’autant que, même si on les remplit, il faut désormais entrer dans « le quota des 10 000 ». « Un enfer » pour Mohamed…

Depuis l’élection de Marine Le Pen, tous les spécialistes répètent que faire tomber à 10 000 les installations est chose quasi impossible, ou bien alors va nécessiter un véritable Etat policier. En tout cas, tous les efforts de l’administration convergent déjà pour faire patienter les entrées légales, comme la venue de conjoints de Français – enfin, ceux qui s’étaient mariés avant 2017, car les autres n’obtiennent plus la nationalité par mariage. Alors, dans les préfectures, les dossiers s’entassent et attendent, les tracasseries se multiplient. Il manque toujours ceci ou cela… Et dans les tribunaux administratifs les contentieux se multiplient, car même si pour éviter de se mettre en porte à faux, la France a déjà dénoncé la Convention des droits de l’enfant comme la Convention européenne des droits de l’homme, les motifs restent nombreux pour attaquer.

A cause de ce quota, l’étude du dossier de Mohamed ne pourra pas se faire cette année. Ni même en 2019. De toute manière, le jeune Malien n’y pense même plus. Il a désormais des soucis bien pires à gérer. Son intégration dans la société française a été stoppée net le 7 mai 2017. « J’avais été embauché dans le bâtiment sur un secteur en tension où les ouvriers français manquent. Le patron n’a pas renouvelé mon contrat. S’il me gardait, il devait s’acquitter d’une taxe d’un mois de salaire pour m’avoir choisi, moi, étranger (proposition n° 38) », se désole-t-il. « Déjà, avant l’arrivée de Marine Le Pen, il avait versé une taxe pour m’embaucher, c’était beaucoup pour lui. Mais, aujourd’hui, le montant est carrément dissuasif. Or, mon patron sait qu’il ne trouvera pas de Français formés à ma spécialité, il en avait déjà cherché avant de me faire travailler », rappelle Mohamed qui poursuit après une hésitation. « En fait, pour tout vous dire, il m’a proposé de continuer le même travail mais non déclaré. C’est beaucoup moins bien pour moi, mais je n’ai pas le choix. »

Mohamed sait en effet qu’il va perdre son titre de séjour car il n’aura plus de revenus officiels à déclarer. Lui qui avait déjà vécu le statut de sans-papiers, va y retomber, avec un changement par rapport à son arrivée. Cette fois, en effet, la délation s’est répandue et les expulsions vont bon train. L’administration paye ses indics et cette mesure (adoptée sous la gauche) est en train de faire florès ; le climat délétère s’y prête.

La fin du droit du sol

A cette galère programmée s’ajoute déjà l’humiliation d’être considéré comme un citoyen de seconde zone. Titulaire d’un titre de séjour pour deux ans, délivré en 2016, Mohamed avait déposé une demande de HLM qu’il avait peu de chance d’obtenir puisque moins de 15 % d’étrangers obtenaient un logement social. Quoi qu’il en soit, il vient d’être rayé de la liste d’attente au nom de la priorité nationale (proposition n° 92) désormais en vigueur.

C’est fou comment ses cinq ans de vie en France ont été balayés d’un revers de vote ! Son triple rêve de faire venir son épouse, avoir un enfant et demander la nationalité française ne rime plus à rien. Même si son épouse parvenait à venir, il refuserait de donner naissance à un sous-citoyen, un enfant qui ne sera jamais français avec la fin du droit du sol (proposition n° 27).

Mohamed est malheureux. Mais même si sa vie tourne au cauchemar, il ne rentrera pas dans son Afrique natale. « Inenvisageable », à ses yeux ; d’autant qu’il n’a pas fini de rembourser le passeur. En revanche, il voit bien que la dissuasion fonctionne et que les arrivées se tarissent, par peur. Même les étudiants s’abstiennent. Ils n’ont pas envie d’être traités comme des citoyens de seconde zone. Leur nombre a déjà considérablement décru, alors que le Front national ne les ciblait pas, conscient qu’ils sont une richesse pour le pays… Les 240 000 installés en France sous le régime socialiste ont fondu comme neige au soleil. Un mauvais point dans la guerre des cerveaux puisque cette population prometteuse opte de plus en plus pour l’Allemagne qui nous est passée devant alors qu’elle plafonnait à 200 000 étudiants.

Demande multipliée par dix

Côté asile aussi, c’est le grand bazar. Le nombre de demandes dans les différentes ambassades, de par le monde, a dépassé le million en 2017, asphyxiant totalement les services de l’Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA), qui y sont envoyés pour étudier les dossiers. La nouvelle présidente avait en effet promis durant sa campagne que les demandes seraient déposées dans les ambassades ou au consulat des pays d’origine (proposition n° 28), afin d’éviter les arrivées en France. Comme seul l’OFPRA peut les examiner, ses agents courent désormais le monde. Et comme nous sommes le seul pays à avoir opté pour un dépôt d’asile à l’étranger, c’est la submersion, il n’y a jamais eu autant de dossiers. d’autant qu’en plus Mme Le Pen n’a pas pu interdire que des requêtes soient aussi déposées en France (cela serait allé à l’encontre de la Convention de Genève), alors des demandeurs d’asile continuent d’arriver. « C’est pire que l’Allemagne en 2015, au moment où sont arrivés en masse les Syriens ! », commente un observateur. On aurait multiplié par dix la demande. En fait, le gouvernement voudrait que le nombre de dossiers acceptés diminue, mais pour cela il faudrait en finir avec l’indépendance de l’OFPRA en rayant l’article 15 de la loi asile de juillet 2015… Et à l’évocation de ce sujet monte une profonde résistance. 90 % des agents de protection ont mis leur démission dans la balance.

En attendant, les demandeurs d’asile souffrent. Ali teste cette nouvelle formule depuis l’Afghanistan. Menacé par les talibans, il vit dans le camp humanitaire qu’a construit la France à la va-vite dans la banlieue de Kaboul, puisque Marine Le Pan avait promis de « mettre en place des solutions locales avec des camps humanitaires protégés ». Pas question de tenter la France s’il n’a pas l’asile, parce que le FN refuse désormais de régulariser les personnes entrées sans papier. Des cousins, déjà à Paris, lui ont expliqué que la situation y est catastrophique. Le gouvernement fait même la chasse à ceux qui les aident, une approche initiée sous le quinquennat Hollande qui s’est largement répandue. Depuis la suppression de l’aide médicale d’Etat (proposition n° 71), être soigné n’est plus un droit et les adresses de médecins qui n’ont pas renié le serment d’Hypocrate se repassent sous le manteau. En fait, récemment, plusieurs hôpitaux ont dérogé face à une épidémie de tuberculose qui allait bon train. Mais l’affaire fait polémique et le directeur est sur la sellette. Comme un paquet d’autres résistants. Et ce, en dépit du coût pour la collectivité de ce mauvais traitement des immigrés. Car la politique de Mme Le Pen se veut aussi dissuasive qu’effective.

Un Think tank d’opposition a d’ailleurs calculé de combien l’économie hexagonale se privait en bloquant l’intégration des immigrés, ou en organisant la préférence nationale. Les démographes expliquent que la France est en train de prendre un vrai coup de vieux. Elle qui chaque année arrivait à un solde démographique de 190 000 personnes notamment grâce au sang nouveau, affiche désormais un solde négatif. Et si la présidente parvient au solde migratoire à 10 000, le renouvellement ne se fera même plus.

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