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Le Pen : «La France sera dirigée par une femme : ce sera moi ou Mme Merkel»

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La candidate du Front national a multiplié les attaques, flirtant avec la diffamation et s’enfermant dans un attitude agressive tout au long du débat.

Ce débat aurait pu être celui qui prouve aux électeurs français que la candidate Front national avait changé, que les efforts entrepris par Marine Le Pen pour dédiaboliser sa famille politique avait payé. Il a renvoyé la candidate d’extrême droite à ses difficultés : trop agressive, à la limite de la diffamation et le ton narquois voire moqueur, Le Pen, renvoyant constamment Macron à l’héritage Hollande, n’a ni réussi à faire sortir son adversaire de ses gonds ni à policer son image. L’ex-présidente du FN n’a pas tenu la longueur.

Son moment fort

Difficile d’en trouver un saillant tellement la prestation de la candidate du Front national a été caricaturale. Sans surprise, c’est sur le terrorisme, l’islam et l’insécurité – qu’elle mélange forcément – que Marine Le Pen a poussé Emmanuel Macron dans ses retranchements. Et bizarrement, c’est au moment où elle a été le plus en difficulté dans ce débat – sur l’euro et l’Europe – que Marine Le Pen a sorti la phrase qui sera probablement retenue pour elle : «La France sera dirigée par une femme : ce sera moi ou Mme Merkel». La formule, préparée, est venue appuyer la ligne choisie pour envoyer Macron hors du champ des «patriotes» qu’elle veut représenter : la «soumission» supposée d’Emmanuel Macron aux «grandes entreprises», aux «banques», à «l’Allemagne» ou du «fondamentalisme islamiste». «Soumettez-vous. Vous êtes à plat ventre en permanence», a-t-elle balancé. Macron tenant in fine la repartie d’un : «Je suis debout».

Son moment faible

Le nez dans ses notes, hésitante sur sa réponse, Marine Le Pen a sombré quand Emmanuel Macron l’a poussé sur la question de la sortie de l’Euro. Elle se mélange les pinceaux sur la différence monnaie nationale et monnaie commune. «C’est un panier de… euh, de euh… Monnaies communes», bafouille-t-elle expliquant que les «entreprises» pourront payer en euro à l’international et en franc leurs salariés. «C’est n’importe quoi Mme Le Pen», lui a rétorqué Macron. «Tiens, je vois revenir le projet peur ?» tente de contre-attaquer Le Pen, du ton narquois qui ne l’a pas quitté de toute la fin du débat. Elle croise les bras, s’appuie sur le dossier de sa chaise. Macron dénonce alors «la grande prêtresse de la peur» et les «bidouillages […] fait dans le week-end» avec Nicolas Dupont-Aignan et l’«impréparation crasse» de son projet.

Ses clins d’œil à la droite et aux «insoumis»

Marine Le Pen a truffé son propos de petits signaux aux électeurs de droite, plutôt tendance dure. Après s’être montrée favorable à une mesure emblématique de la présidence Sarkozy, la «défiscalisation des heures supplémentaires», la représentante du Front national accuse au détour d’une tirade préparée – «je suis la candidate du pouvoir d’achat, vous êtes le candidat du pouvoir d’acheter, d’acheter la France. Dans votre société, tout est à vendre et à acheter. Les hommes sont à vendre et à acheter, les ventres sont à vendre et à acheter.» Elle accuse Macron à tort d’être favorable à la gestation pour autrui avant d’entonner le refrain, dont use la droite depuis des années, du «laxisme» vis-à-vis des «caïds», des «magistrats politisés» ou encore de la «complaisance» supposée du candidat En marche à l’égard du «fondamentalisme islamiste». Un vocabulaire utilisé à la fois par la droite sarkozyste mais aussi par François Fillon. Idem sur l’école, constante du discours de la droite  : Le Pen a ainsi dénoncé une «école […] saccagée par les socialistes» dans laquelle les «savoirs fondamentaux» auraient été, selon elle, mis de côté, critiqué les «espèces de bobos» et prôné le «respect du maître».

Mais c’est surtout aux 19% de Jean-Luc Mélenchon que Marine Le Pen a tenté de parler ce soir. Outre le fait qu’elle a usé et abusé de l’accusation d’un Emmanuel Macron «soumis» ou prêt à se «soumettre» – aux grandes entreprises, à l’Allemagne, à «l’islamisme»… –, c’est sur le terrain du «travail» que la candidate d’extrême droite a tenté de convaincre une partie des 7 millions d’électeurs qui ont choisi Jean-Luc Mélenchon au 1er tour de la présidentielle. Dès les premières thématiques, la candidate du Front national a insisté sur son opposition à la réforme du code du travail que promet Emmanuel Macron. Favorable à la «négociation par branche», elle a piqué les critiques des opposants de gauche à cette réforme en dénonçant la «dérégulation totale» et la «casse du droit du travail». «Monsieur Macron veut faire une loi El Khomri puissance 10», a insisté Le Pen qui a cité une demi-dizaine de fois la loi travail de l’ère Hollande, notamment sur le sujet de la «prévention santé». Elle place aussi les mots-clés «Tafta», «Ceta» : deux projets d’accords de libre-échange entre l’UE et l’Amérique du Nord, auxquels s’oppose une grande partie de la gauche et se dit, singeant Mélenchon, à «équidistance» de la Russie et des Etats-Unis. Loin d’être un hasard, le seul journal que la candidate d’extrême droite a cité est l’Humanité, quotidien communiste.

par Lilian Alemagna, Liberation


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